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Mumbai 

QcYacht_Janv2016-01Le premier choc étant passé, nous sentant sécurisés, nous nous aventurons à travers les rues de Mumbai (anciennement Bombay), évitant les milliers de taxis jaune et noir. Les mendiants sont partout. Il y en a même qui campent sous des toiles percées, juste en face du Tag Mahal[1], l’hôtel le plus prestigieux de la ville. Les étalages de bois sur les trottoirs, au milieu desquels des enfants dorment, servent également de lits pour leurs propriétaires. En cherchant bien, on arrive à trouver à peu près tout ce dont on a besoin, sauf pour le bateau lui-même.

 

QcYacht_Janv2016-02Il y a trois immenses lavoirs à ciel ouvert en ville, dont un plus moderne que les deux autres. On y fait la lessive des particuliers comme celle des hôtels. Tout se fait à la main dans des bassins où l’eau brunâtre coule, passant d’un bassin à l‘autre. On frappe violemment le linge contre le ciment ou la pierre plutôt que de le frotter. Les résultats semblent bons. Ce système de laverie occupe des milliers de personnes, surtout des hommes : ramassage, lavage, livraison… Ce qu’il y a de plus beau dans les rues, ce sont toutes ces femmes vêtues de saris multicolores. Même les policières en portent… couleur kaki, avec gallons sur les épaules.

On a trouvé un restaurant pas très indien où la bière est servie en colonne d’un mètre de haut. La bouffe étant internationale, on s’y rend à quatre reprises. On aura bien le temps de goûter, de s’habituer et même d’en avoir assez de la cuisine indienne. Alors que nous serons rendus 800 milles plus au sud, des terroristes mitrailleront les clients de ce même restaurant. On est passé à temps.

Régate

Le Yacht-Club de Mumbai, soutenu par de gros commanditaires, avait planifié cette régate depuis plus d’un an pour célébrer et publiciser notre arrivée en Inde. Deux étapes de 200 milles chacune. Sont de la course, à part les bateaux du rallye, quatre voiliers indiens : des bateaux de 24 à 28 pieds, ouverts, sans cabine, légers et profilés, avec petit hors-bord, ayant chacun quatre ou cinq équipiers. Réunion pour les skippers pendant laquelle sont données de nébuleuses consignes. La question commune d‘après réunion est : « C’est où au juste la ligne de départ? » Au coup de canon de 16 h, le jour prévu, trois ou quatre bateaux seulement sont sur la ligne, deux sont déjà passés et tous les autres sont en retard : problème de désancrage, mauvais calcul du fort courant. Sur Alero, le guindeau ne fonctionne plus que sur un sens. Et dire que des journalistes étaient sur la ligne de départ pour commenter et photographier… Jean-Louis, qui vient tout juste d’apprendre le décès de sa mère, n’a pas trop le cœur à la course.

Première étape

QcYacht_Janv2016-03On sort de ce fort courant de marée, on se dirige vers le large, direction sud, et le vent vient du sud. Alero n’est pas un bateau de près. Avec le contre-courant, on fait presque du surplace. Avec la nuit vient la myriade de petits feux blancs qui s’étendent sur des milles et semblent former une ligne perpendiculaire à notre voie. On n’en a jamais tant vu! Les barques de pêche commerciale n’ont pas de feux de position et n’ont qu’un seul feu blanc. C’est de la folie furieuse! Il nous faut zigzaguer pendant des heures dans ce gâteau de fête aux mille chandelles. Ça rend les nerfs à vif, car on ne sait jamais quel est le cap de chaque barque, qui traîne peut-être un long filet.

 

QcYacht_Janv2016-04Nous sommes les premiers arrivés à Jaigarh, sans trop de fierté pour nous, mais contents de notre moteur Perkins qui a fait du beau travail. Fin de la première étape. Jaigarh est un joli petit port bordé d’arbres et de maisonnettes aux toits de chaume. De là, des taxis nous amènent dans un resort au bord de la mer. Nous y passerons la nuit après une promenade sur la plage, des prises de photos demandées par des gens du pays, une visite d’un temple dédié à Ganesh, dieu à tête d’éléphant, le préféré des Hindous, un délicieux souper et un spectacle de danse folklorique, tout ça aux frais d’on ne sait trop qui.

 

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Deuxième étape

Ce départ, plus simple, ressemble à celui d’une vraie course. Encore 200 milles à parcourir. Il est beaucoup plus intéressant aussi : plus de vent et beaucoup moins de barques de pêche. Les voiles en ciseaux, on passe la ligne d’arrivée à Panjim. Fin de la course et fin du rallye. Comme la majorité des participants, nous sommes évidemment disqualifiés pour avoir utilisé le moteur. Qu’importe, le plaisir y était quand même. En ville, des banderoles suspendues nous annoncent. Quelques jours plus tard, remise officielle des trophées dans un grand parc où on a installé estrade, chaises et tables. On ne fait pas les choses à moitié. L’un des nôtres a remporté le trophée de la deuxième étape. Des discours de circonstance sont suivis d’un apéro, d’autres alcools et un gargantuesque repas self-service. Nous sommes bien rendus en Inde, oui? On découvre tellement de disparités dans ce pays qu’il aurait dû garder son nom d’avant la partition avec le Pakistan, soit « LES » Indes.

Mouillage

Le seul ancrage permis est situé à Verem Bay, séparé de Panjim par la rivière Mandovi. Avant de prendre le traversier pour aller en ville, il faut accoster le dinghy sur un mur de pierre donnant à une maison privée où nous sommes les bienvenus, car elle appartient au seul navigateur du milieu, Howard, qui y vit depuis une dizaine d’années. Son voilier vert mouille à 400 mètres en face de sa maison. Mais débarquer chez Howard est chaque fois un défi de taille : vagues fréquentes formées par le va-et-vient continuel d’immenses barges transportant de la limaille de fer, le plus souvent plusieurs dinghies à enjamber, une échelle de bambou chambranlante à gravir et un retour au bateau impossible si on n’a pas calculé la marée et que le dinghy est échoué dans la vase et les roches. Depuis des mois, on nous promettait des pontons flottants qui seraient disponibles à notre arrivée. Rien, absolument rien n’est fait. Comme une dizaine des nôtres, nous avions planifié rester ici environ six mois, le temps que la mousson du sud-ouest qui s’en vient soit passée. Lo, notre leader, est malheureux. Il y avait cru, lui aussi.

Un combat d’envergure va bientôt commencer…

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Les régates 

L’équipage d’Alero n’est pas du type compétition, loin de là. Dans notre vie de marins, nous avons participé une seule fois à une course. C’était une traversée du fleuve à partir de Cap-à-l’Aigle et retour. Nous étions alors arrivés bons derniers parmi les seuls bateaux qui n’avaient pas abandonné (la moitié) à cause de l’état de la mer. Notre excuse : pendant une bonne heure, nous avions vainement essayé de récupérer notre bouée de sauvetage qui s‘était détachée de notre tout nouveau et premier voilier, MerryMonde. C’est vraiment à cette occasion que nous avons pris conscience que récupérer un homme à la mer ne serait pas si évident. On en était alors à nos premières armes de marins.

Quelques faits dignes de mention lors de l’India Cup QcYacht_Janv2016-06

  • L’équipage de Tamata, qui a fait 180 degrés pour affaler son spi, a continué de remonter vers le nord pendant deux bonnes heures avant de se rendre compte de son erreur.
  • Nos amis Paul et Rachel (actuellement captifs des pirates somaliens depuis neuf mois)*, de vrais puristes, sont arrivés les troisièmes et ont remporté un trophée.
  • C’est le plus petit des bateaux participants qui s’est classé grand premier. Comme quoi on n’a pas toujours besoin d’être gros et grand pour réussir.

 

[1] Le Tag Mahal est également et surtout un monument grandiose situé à Agra.