Retour sur la conférence d’avril 2016

Manon

Une conférence didactique, divertissante et rafraîchissante

C’est sur notre nouvel écran (officiellement en service dès septembre) que nous avons eu la chance d’observer ces étranges bestioles des îles Galápagos, îles qui figuraient parmi les superbes sites visités par nos conférenciers David, Nathalie et leurs enfants à bord de leur voilier Sueño. Nous les avons accueillis de nouveau pour la suite de leur demi-tour du monde présenté à la saison dernière.

Ainsi, nous avons accompagné cette gentille famille, à travers leurs différentes traversées dont celles Panama-Galàpagos qui a durée 7 jours, puis Galàpagos-Marquise, 21 jours; et finalement, l’ultime traversée à travers les 40e rugissants vers la Nouvelle-Zélande (8 jours); mais sans les filles cette fois, qui elles, ont préféré l’avion.

Des excursions criblées de belles aventures !

Que nous pensions à leur incursion sur les lieux du tournage des films  « Le Seigneur des anneaux » ou aux innombrables arrêts exotiques tels, Tahiti et Moorea où ils observent les Bastonades (Stingray), nos « Indiana Jones » de la voile nous entraînent d’archipel en archipel vers de fantastiques expériences.  Ainsi, ils nous feront faire la baignade avec des requins.  Lors de leur passage sur l’île voisine de Maupiti, ils nous feront nager avec les baleines.  À Suwarrow, aux îles Cook, ils nous ferons découvrir une vraie pouponnière à requins et pour conclure, nous visiterons de splendides tunnels sous-marins aux eaux cristallines en Nouvelle-Zélande, au Niue.

Une conférence instructive !

Nous avons pu apprivoiser les étapes de métamorphose d’un atoll et en visiter quelques une (ou une de leurs déclinaison) en polynésie Française.  Voici un petit résumé :  La Marquise est montagneuse : un ancien volcan.  Le volcan avec le temps, devient semi émergé légèrement cerclé par du corail tel Bora-Bora.  L’ultime stade de cette transformation est l’atoll : l’île est maintenant encerclée d’un récif où pousse des palmiers et renferme un lagon, comme par exemple, Tuamotu ou Toau.

Le tout se termine par un séjour de six mois en Nouvelle-Zélande et la vente du voilier.

Une conférence qui a été autant courue et appréciée qu’en avril dernier.
 

    

Mot du Président, mai 2016

President

Lors de ma visite, il y a un peu plus d’une semaine, à la capitale nautique de St-Paul de l’île aux Noix, j’ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs d’entre vous et de sentir l’effervescence qui régnait à l’approche de la belle saison.  Enfin nous y voilà ! La mise à l’eau de nos bateaux approche à grand pas.

Nous délaisserons donc temporairement à la Conam, nos activités de conférences pour les mois de juin, juillet et août pour nous consacrer à nos voiliers et la plaisance.  J’espère que la saison 2015-2016 a su remplir vos attentes et que vous renouvellerez votre abonnement pour l’année à venir. Des bénévoles seront sur place ce mois-ci pour procéder à votre inscription, juste avant la conférence.  Le calendrier des conférences 2016-2017 sera également dévoilé à l’occasion de mon habituelle « prestation » sur la scène au moment des communications aux membres.

Prochains conférenciers

Nos prochains conférenciers n’ont pas manqué d’audace et en se fixant un défi de taille : affronter des équipes Européennes aguerries et fortement commanditées en Catamaran de Classe C. Malgré leur peu d’expérience, (lire aucune !), ces étudiants en maîtrise ont mis au monde le catamaran Rafale pour l’Évènement de la Little Cup 2015.  Cette équipe d’étudiant a créé les plans, le design et surtout l’ingénierie.

C’est donc un rendez-vous.  Venez en grand nombre assister au savoir-faire de ces jeunes déterminés et ainsi encourager la relève au sein de notre sport préféré.

Notez que notre capsule technique, accueillera un autre groupe d’étudiant du CÉGEP Édouard-Montpetit qui nous présenteront leur  projet de construction de bateau pour une compétition qui se déroulera en Suisse.

Je vous souhaite une belle saison de voile et bon vent!

 

      

Les voiliers ont-ils une âme, un sexe?

Ça m’a fait sourire en lisant le message de Christian Drolet qui parle de son bateau en le désignant comme sa maîtresse. J’ai lu dernièrement un livre d’Isabelle Autissier dans lequel elle expliquait que les voiliers ont un sexe. Certains seraient des voiliers mâles et d’autre femelles, selon elle en tout cas.

Mais alors les bateaux ont-ils une âme? Peut-être, en tout cas en ce qui concerne les voiliers. Pourquoi alors? Quelle différences y a t-il entre un voilier et un bateau moteur. Un cruiser peut être lent ou rapide, bruyant ou silencieux, rutilant ou sobre, grand, petit, coloré etc…tout comme un voilier. Mais la différence selon moi, se trouve dans ce que le marin éprouve lorsqu’il navigue.

Un cruiser se conduit et subit la mer selon les conditions, alors qu’un voilier sous voile se «sent» et se «ressent». Chaque voilier a ses caractéristiques propres, ses humeurs selon les éléments auxquels il fait face, ses tics, ses défauts et qualités. Au bout d’un moment, le marin entre en symbiose avec lui. Il le «ressent» dans toutes ses membrures et pourra percevoir lorsqu’il souffre, lorsqu’il est bien. Il pourra déterminer sa vitesse sans regarder le compteur au seuls sons qu’il fait et ça, au quart de nœud près. Il mettra des années à bien le connaître et ne le connaîtra probablement jamais parfaitement. Le bateau lui parlera, et il apprendra à le comprendre et à l’écouter.

Cette symbiose peut apparemment prendre des proportions incroyables lorsqu’un navigateur solitaire fait avec son voilier de longs voyages. Leurs livres en parlent tous, et cela relève parfois du mysticisme. Slocum, Tabarly, Moitessier, Gélinas, Chichester,pour ne nommer que ceux-là, tous l’ont vécu et ont du mal à l’expliquer. Par exemple Chichester lors d’une course transatlantique qui dormait à poings fermés et qui se réveilla tout à coup, ressentant un malaise soudain dans la marche de son bateau. Quel que chose n’allait pas dans sa façon de bouger, comme si, je le cite «il renâclait à avancer», et il ne pouvait l’expliquer. Il monta alors sur le pont pour découvrir droit devant, des rochers à quelques encablures!

Un événement similaire est arrivé à Auboiroux sur son petit Néo-Vent. Le bateau refusait de conserver son cap. Il avait beau réajuster sa course, à chaque fois qu’il retournait dans sa couchette, le bateau changeait de cap. Décourager et épuisé, il finit par se relever et retourner à la barre. Quelques heures plus tard, une île droit devant qui ne devait pas se trouver là. En fait il s’était trompé d’une journée dans ces éphémérides lorsqu’il avait fait le point. Après avoir changer de cap, le bateau redevint docile et il put enfin aller dormir.

Est-ce là des fabulations venant d’hommes ayant passés trop de temps seuls avec eux-même sur leurs bateaux? Est-ce que tous ces événements pourraient être expliqués autrement et de façon plus logique? Peut-être, mais une chose est certaine, les hommes depuis les premiers qui ont creusés des tronc d’arbres pour naviguer, ont dessinés sur leurs bateaux des yeux pour qu’ils voient, leurs ont sculpter des têtes ou des figures de proues, les ont baptisés et les ont fait bénir selon leur croyances et religions. Et que dire des bateaux «maudits», dont les légendes et histoires tragiques ont habités toute l’histoire maritime depuis des temps immémoriaux?

Une chose est certaine à mes yeux. Bien qu’ont soient pragmatiques, athées, sceptiques et de l’ère dite «moderne», qui a posséder un voilier et a naviguer avec lui un certain temps, peut très bien en tomber vraiment amoureux. Moi j’ai nommé le miens Aloha 1, car il avait été baptisé Aloha et pour l’enregistrer au Fédéral, il m’a fallu rajouter le un, car changer un bateau de nom porte malheur il parait. C’est apparemment une offense qu’il pourrait ne jamais vous pardonner et qu’il vous fera regretter. Mais bon, je suis un homme sensé et pas superstitieux…mais cessons d’évoquer ces légendes et croyances…ça porte malheur!

Aloha 1 est un lourdaud avec ces 10 000 livres. Ses voiles ont étés taillées à son image. Elles sont lourdes et sont comme des tôles, ce qui en fait un gros paresseux par faible brise, mais il s’anime aussitôt que le vent forci, et peut rendre la monnaie à des plus grands et plus léger que lui par bonne brise. Il a survécut à l’incendie de Lighthouse et en arbore fièrement les cicatrices comme des tatouages indélébiles. Il n’est pas coquet. Avec sa quille modifié qui pèse 4200 livres, il n’est pas un gîtard, et alors que la marina est sous un nordet et que tous les autres, même plus gros et plus lourds dansent la danse de St-Guy à quai, lui, bouge à peine. Lorsqu’il est poussé au maximum, il s’accote sur sa joue à 35dgs de gîte, et fonce comme un bulldozer.

Oui, c’est clair dans mon esprit, Aloha 1 est un bateau gars! Si vous en avez possédé ou en possédez un, est-ce un bateau gars ou fille? Pouvez-vous expliquer pourquoi?

Alain Lavoie ou Aloha

 

    

Seychelles, paradis sur mer – par Denise Gauthier et Jean-Louis Lévesque

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Seychelles, paradis sur mer

En moins de six milles, on passe de quelques milliers à une quarantaine de mètres de profondeur. On est « monté »  sur l’immense plateau de quelque 400 kilomètres carrés qui forme une bonne partie du territoire des Seychelles. Quelques percées de terre, parmi ses quelque 30 îles et 60 îlots sont situées sur d’autres plateaux aux dimensions réduites.

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Sitôt sur le plateau, on perçoit dans la pénombre la petite île Saint-Denis sur tribord. Elle semble vierge. Et pourtant, la carte y dessine une piste d’atterrissage. À deux heures du matin, malgré un ciel dégagé, on ne voit aucun bâtiment. On s’aide avec le moteur pour être certain de rentrer tôt en après-midi dans le port de Victoria. Quarante-huit milles et nous y serons. Position de Victoria, la capitale sur l’île de Mahé : 04*37’48 Sud, 055*27’34 Est. Six cents milles au nord de Madagascar et mille milles à l’est de la Tanzanie. À l’approche, on doit s’arrêter à l’extérieur du port et mouiller entre des rochers pour que les autorités administratives viennent nous rendre visite et nous souhaiter la bienvenue aux Seychelles. Enfin, un endroit où ce n’est pas trop compliqué ni trop long. On nous dit que si l’on veut, on peut rester ici pour la nuit et n’entrer dans le port que demain. Non, merci! D’abord, une houle rend la situation inconfortable et les roches toutes proches n’inspirent pas confiance. On entre. À droite, une grosse usine, puis des dizaines de petits bateaux de pêche. Tout droit et à gauche, une vingtaine de voiliers. Le port est petit et les espaces restreints.

De plus, le fond est mauvais. L’ancre qui mord difficilement risque de décrocher au moindre coup de vent, d’autant plus qu’il faut restreindre la longueur de chaîne pour l’évitage. Mais enfin, nous sommes rendus. Quel décor! Devant nos yeux, cinq sommets verdoyants dont le plus haut se termine en escarpement. Dans les pentes, de jolies maisons sont plantées ici et là, abritées par de grands feuillus et conifères. Il y a longtemps qu’on n’a pas pu s’extasier devant une telle parure.

On passe une première nuit à dormir profondément sans inquiétude. Petit déjeuner aux crêpes et sirop d’érable. Eh oui! On en a encore, car chaque bagage de retour annuel de Denise au Canada en contient une boîte ou deux.

Mahé

On met pieds à terre après 15 jours de mer. Les rues sont propres, asphaltées et sans nids-de-poule, les trottoirs larges et dégagés, ombragés par de grands arbres indigènes, les maisons stylisées et colorées et des poubelles propres sont disponibles ici et là. Les automobilistes, qui soupçonnent qu’on veut traverser la rue, s’arrêtent pour nous laisser passer. Les femmes se promènent en jupes courtes, shorts urbains, camisoles. On voit des jambes, des dos, des épaules. Beaucoup de belles grandes filles élancées couleur chocolat au lait. Jean-Louis dit qu’il sent son cœur rajeunir alors que Denise se retrouve un peu plus comme chez elle. On vient à peine de quitter l’Inde. Quel contraste! Ça nous fait penser aux films dans lesquels on transporte des gens dans un autre temps. Ici, on parle anglais, un peu français et surtout créole. On va se procurer notre permis de séjour d’un mois qu’au besoin on pourra facilement renouveler pour deux autres mois. La radio nous envahit de musique genre reggae, gospel et country. On se sent bien. Rencontre au yacht club pour y dîner en compagnie de nos amis Paul et Rachel. Au menu, comme il est un peu tard, il ne reste plus que du poulet au curry. Petit retour momentané en Inde. Mais c’est bon. On se rend ensuite au marché, planté au centre-ville. On y trouve de tout pour ce qui est des légumes. Et les boucheries offrent du porc! On en prend un beau gros morceau qu’on fera cuire au four. Quel délice quand on en a été si longtemps privé! On constate rapidement que tout est beaucoup plus cher qu’en Inde. Il n’y a pas vraiment de comparaison possible. On nous dit même qu’au cours des huit derniers mois, tout a doublé de prix sur l’île, que plusieurs Seychellois tirent maintenant le diable par la queue.

Comme tout ne peut être perpétuellement que félicité, notre hors-bord rend l’âme et nous oblige à nous en procurer un autre. On n’a plus à nous offrir qu’un moteur 5 forces à deux temps et à arbre long au double du prix que nous aurions payé en Malaisie. Mais consolons-nous, après quelques jours de démarches et de formulaires à remplir, on récupérera les taxes pour un équivalent de 220 $ CA. Il nous faut modifier le tableau arrière du dinghy pour surélever l’hélice. On se dépêche également à le rendre moins attrayant en le maquillant, car un beau moteur neuf attire facilement les gens malhonnêtes.

On explore l’île de Mahé en autobus. Sept roupies le déplacement (60 ¢), peu importe la distance. Les panneaux indicateurs affichent de jolis noms comme Port Fleuri, Plaisance, Belle Eau, Sans Soucis. On se rend d’abord à Beau Vallon, sur le versant opposé, une belle grande plage bordée d’arbres hauts au fond d’une baie en quart de lune. Les hôtels n’ont pas encore envahi la place. Pas de touristes, que quelques familles et couples de l’île. On y marche pieds nus, on se trouve un petit coin à l’ombre. On a oublié nos livres au bateau… On aime tellement flâner dans de tels lieux avec un bon roman à dévorer. Le lendemain, c’est à Port Launay qu’on s’arrête. Une autre belle grande plage au fond d’une baie, bordée de grosses pierres rondes et d’arbres majestueux. Paul et Rachel* y sont à l’ancre sur leur bateau Lynn Rival. On se procure boissons et biscuits au seul dépanneur du coin. On observe et questionne un homme qui fait rôtir un gros poisson, un job, sur charbon de bois. Dans quelques heures, ce poisson qu’il a pêché dans 40 mètres de fond fera le délice de ceux qui voudront bien en acheter une assiettée. Nous ne pouvons malheureusement attendre aussi longtemps.

Arrêt au guichet automatique. Jean-Louis dépose son sac à dos par terre. Le guichet n’accepte pas la carte. Nous entrons dans la banque. Le temps au préposé de faire la transaction et le sac à dos oublié au guichet extérieur s’est volatilisé. L’objet le plus précieux qu’il contenait était le chapeau Tilley de Jean-Louis. Il avait sept années de navigation quand même!

La veille de Pâques, avec un autre couple, nous sommes invités sur un bateau canadien que nous ne nommerons pas. On apporte une bonne bouteille de vin blanc bien frais. La bouteille est ouverte et on nous en offre une coupe coupée moitié eau pétillante. Ensuite, « elle » sort un vin rouge avec trois verres. Elle se verse un verre de même qu’à son mari et ne nous en offre pas. Nous parlons de choses et d’autres, elle remplit leurs verres à nouveau et ne nous en offre toujours pas… On n’a pas compris. Pourtant, quand ils sont venus à bord d’Alero, on n’avait pas compté les bières… La belle chose de notre visite : on avait déjà rêvé d’un bateau comme le leur. L’organisation du cockpit où on ne peut même pas asseoir quatre personnes sans avoir à se déplacer pour se voir et discuter a vite effacé sans regret notre vieux rêve. En longue croisière dans des climats chauds, un bon et confortable cockpit est essentiel. On y vit, on y mange, on y dort même. Cette visite nous aura fait apprécier encore plus notre Endeavour 37 avec ses hiloires profondes qui permettent un bon appui du dos et qui ne cassent pas la colonne vertébrale.

Paradis?

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On est au yacht club quand une pluie diluvienne s’abat sur la baie. On attend deux heures avant de pouvoir regagner Alero. Horreur! La coque sur trente centimètres de haut à partir de la ligne de flottaison est littéralement couverte de goudron. On essaie avec les produits du bord de faire disparaître le dégât. Rien n’y fait. Un bateau voisin a pas mal réussi avec de l’huile végétale, ce que nous faisons. Après plusieurs heures de dur labeur, il reste encore de nombreuses marques. Le goudron s’est imprégné dans la coque. Paradis? Paradis d’huile! On nous incite à ne pas envoyer d’eaux usées par-dessus bord alors qu’on ferme les yeux devant les gros navires-poissonniers qui font leur vidange d’huile dans le port! De plus, une petite rivière déverse son eau noire nauséabonde dans la baie. On est fâchés, très fâchés! On va aller se plaindre aux autorités et dénoncer le navire fautif! Un habitué des Seychelles nous avise : « Si vous voulez avoir une extension de visa, vous êtes mieux de ne rien faire. »  On verra petit à petit que les administrateurs de l’île ne semblent pas uniquement au service de leurs citoyens ni des plaisanciers. Le seul journal qui ose faire des dénonciations est imprimé en dehors des Seychelles. On accorde aux Arabes d’y construire un bordel de luxe accessible aux Arabes uniquement. La justification : les Seychelloises n’y « travailleront »  pas. Ledit journal accuse régulièrement les autorités d’être en train de donner les Seychelles aux pays du Golfe et aux Chinois. Qu’en est-il vraiment? Toujours est-il qu’on endurera notre mal sans mot dire.

Praslin, la digue

Ça fait maintenant plus de deux semaines qu’on est là. Il est temps d’aller visiter d’autres îles. On lève l’ancre, on essaie de lever l’ancre. La chaîne est décorée de milliers de coquillages, chaque maillon ayant les siens. Même l’ancre, qui avait peu mordu le fond, en était couverte de même que le bloc de ciment qu’elle retenait dans sa pelle. On a besoin d’un marteau pour dégager la chaîne et lui permettre de filer dans le barbotin du guindeau. Sitôt sortis du port, on est à nouveau au paradis sur l’eau. On trace un sillage de quelque 24 milles pour entrer dans la baie de Lazio, sur l’île de Praslin. On est sans doute dans l’un des plus beaux endroits des Seychelles. Tout le monde le sait et c’est sans doute pour ça que six voiliers y mouillent déjà, dont un impressionnant catamaran d’une trentaine de mètres. Sable fin, cocotiers, belles grosses roches rondes. L’eau y est claire comme le cristal. Palmes, masque, tuba et nous allons jouer avec les superbes bancs de poissons multicolores qui, comme nous, se balancent au gré du ressac. Aux premiers mouvements, on craint de se faire précipiter contre les rochers, mais on s’aperçoit vite que nous imitons le bouchon de liège sur la vague : l’onde passe et forme une houle, mais la masse d’eau demeure quasi stationnaire.

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On plonge également autour du bateau et on comprend alors pourquoi, malgré le moteur qui tournait à vitesse de croisière, Alero avançait à peine lorsqu’on est sorti du port de Victoria quelques jours plus tôt. L’hélice est couverte de coquillages. Ça n’en prend pas beaucoup pour perturber la poussée de l’eau sur les pales. La première nuit, ça sentait fortement la marée basse, le varech dans notre cabine avant, résultant de la chaîne poissée dans son puits. Quelques journées à ne rien faire d’autre que se baigner, plonger, lire un bon roman, regarder les autres baigneurs, les marcheurs sur la plage et on se déplace un peu plus loin. Près du nouveau mouillage, un îlot cache sous sa verdure l’unique petit hôtel qui couvre sa surface. Arrive un gros nuage chargé de pluie. On en profite pour remplir le réservoir d’eau douce, opération très facile sur Alero. L’ouverture pour le remplissage est située sur le passavant, à mi-parcours. On laisse les premières minutes de l’ondée rincer le pont, puis on enlève le bouchon. Avec une guenille propre on forme un petit barrage qui conduit l’eau qui s’y accumule dans le réservoir. L’averse chaude rince également nos serviettes de plage gorgées de sel. C’est également une belle occasion de prendre une bonne douche. Mais il faut s’assurer de se désavonner avant la fin de l’ondée sinon c’est un retour obligatoire à l’eau salée. On nous aborde en nous réclamant 250 roupies. Et pourquoi? « Vous êtes ancrés dans un parc. » « Ah bon! »  « On aurait pu nous aviser, peut-être… »  « Et il y en a plusieurs comme ça autour des îles? »  On comprend pourquoi notre amie Karine a mouillé un peu plus loin, juste à la limite de la ligne virtuelle qui délimite le parc. On met pieds à terre pour se rendre au fameux parc de la Vallée de Mai. Les prix sur cette île sont inversement proportionnels à sa grandeur : 20 $. Pour une course moyenne en taxi jusqu’à l’entrée du parc naturel : 35 $ par personne pour entrer! Évidemment, personne ne rebroussera chemin malgré cet obstacle. Le parc est unique au monde avec ses palmiers géants qui produisent les cocos de mer plus communément appelés coco-fesses. Quand on examine le produit, on se demande si l’homme et la femme ne descendent pas de ces palmiers plutôt que du singe. On revient en bus.

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Îlet Saint-Pierre. Vous avez sans doute déjà vu. Son image annonce les Seychelles. Toute menue. Des roches et quelques palmiers, c’est tout. Mais c’est beau, très beau. Là aussi, on jouera avec plein de poissons qui trouvent leur pitance dans les crevasses. On ne peut rester là pour la nuit faute de protection. On va mouiller à l’île voisine dans la baie Sainte-Anne où un gros traversier, arrivé après nous, viendra effleurer notre coque tout au long de la nuit.

Tout en face, il y a l’île de la Digue. On mouille au Port de la Passe. L’eau y est encore plus belle, plus claire qu’à l’île de Praslin. On penserait pouvoir caresser de la main les ondulations du sable sises à huit mètres sous la quille. Sur l’île, très peu d’autos, surtout des bicyclettes circulant sur des routes étroites bordées par la mer d’un côté et la falaise de l’autre. Jolies maisons, maisonnettes, petits hôtels colorés. Il faut faire deux kilomètres pour trouver une épicerie. On marche pendant deux heures. On a un plan de l’île qui nous permettra de la traverser en diagonale pour le retour. On se sent tellement bien dans un si paisible décor. Et les jours s’écoulent ainsi, sans trop de manœuvres, sans soucis du lendemain, les heures s’effilant sans qu’on s’en rende trop compte. On ne sait plus trop quel jour nous sommes ni la date du calendrier… La vie est belle!

Mais on entend de plus en plus de rumeurs voulant que les pirates somaliens s’approchent des Seychelles. Un bateau-mère aurait été vu à 50 milles à peine de la capitale. On rebrousse chemin vers Mahé d’où on apprend que deux voiliers partis de Victoria vers Madagascar ont été abordés par les pirates. Les neuf équipiers sont maintenant leurs prisonniers. On prévoyait partir dans les prochains dix jours dans cette même direction. Qu’en sera-t-il?