
Retour sur le continent
On entre à nouveau à Cochin, en Inde, revenant des Laquedives, îles indiennes, je vous le rappelle. Surprise! Il nous faut refaire toutes les démarches administratives d’entrée, comme si nous arrivions d’un pays étranger : visite des autorités du port à bord d’Alero, puis celle de la douane, et la tournée des différents bureaux avec paiement de 440 roupies. C’était pourtant ces mêmes autorités qui nous avaient accordé la permission d’aller visiter les Laquedives 15 jours plus tôt… Sainte Paperasse, quand tu nous tiens…
On est revenus juste à temps pour célébrer la nouvelle année avec la famille des navigateurs mouillés ici. Nous sommes 14 à nous rendre au Bolgati Palace pour l’événement. On ne sautera pas bien haut, car la musique est trop forte et fastidieuse, le buffet très ordinaire, les décorations de circonstance minimales. Tout ça pour un fort prix. Cinq minutes après minuit, la moitié des nôtres retournent à leur bateau et « manquent » le mini feu d’artifice. Les gens de la place devaient le savoir, eux, puisque la moitié des tables étaient demeurées inoccupées.

Un homme en pirogue accoste Alero et me lance : « Happy New Year 50 roupies! ». La semaine dernière, il s’était essayé avec : « Happy Christmas 100 roupies! ». Comme ça n’avait pas marché, il a baissé son prix aujourd’hui, mais sans plus de succès. Justement, nous partons bientôt pour une dizaine de jours dans le Tamilnadu et comme à chaque incursion en terre nous serons continuellement sollicités. Nous nous sommes aguerris et ne donnons maintenant qu’aux personnes âgées et aux grands handicapés.
Si un jour vous visitez l’Inde, après l’Himalaya, le Rajasthan, Agra (le Tag Mahal), Vârânasî (le Gange) et autres classiques, pensez à mettre le Tamilnadu à votre programme de visite. Vous serez à nouveau dépaysé. Vous y découvrirez d’immenses temples originaux, toujours fréquentés par des milliers de pèlerins vêtus en fonction du ou des dieux qu’ils vénèrent. Sur des dizaines de kilomètres, vous marcherez dans des plantations de thé d’une beauté à couper le souffle. Vous vous ferez masser, vous mangerez probablement avec vos doigts et vous aurez eu la sagesse de préalablement glisser une petite provision de papier hygiénique dans vos légers bagages…

De retour à Cochin, on a la surprise d’y voir une vingtaine de bateaux au mouillage. Ils se sont rassemblés ici pour entreprendre ensemble le périple qui les mènera ou ramènera en Méditerranée avec la troisième édition du rallye Vasco da Gama. Jean-Louis s’embarquera sur Mailis comme équipier jusqu’à Panjim, 400 milles plus au nord, pendant que Denise ira faire une visite au Canada.
Les Maldives
Au retour de Denise, Alero est prêt pour un nouveau départ. Alero, notre véhicule et notre demeure, aura passé trois mois à Cochin, parfois seul à attendre notre retour d’exploration du sud de l’Inde. Nous avons maintenant décidé d’aller visiter les Maldives au sud-ouest, avant de naviguer vers la Thaïlande et la Malaisie, à plus de 1500 milles à l’est. Nous éviterons le Sri Lanka en guerre civile.

On atteint la mer en empruntant le chenal qui sépare Cochin de Bolgati. À bâbord, on longe les fameux filets japonais que plus d’une fois nous étions allés voir fonctionner. Un système de balancier cale et fait remonter un filet d’une centaine de mètres carrés, tendu aux quatre extrémités. On le cale et laisse reposer au fond pendant cinq ou dix minutes, puis on le remonte par un système de balancier. Des poissons y gigotent presque à chaque pêche. Simple et efficace.
Et l’on est enfin à nouveau dans l’eau turquoise, claire, transparente. L’air est parfumé d’algues et de sel. Trois jours de voile tranquille et nous apercevons l’île la plus au nord des Maldives, Uligam. « Déjà vu… », murmure Denise. Bien sûr, rien ne ressemble plus à une île qu’une autre île, surtout quand on vient de visiter les Laquedives qui sont de la même chaîne. Eaux pures aux couleurs variées selon le fond, île plate de sable sans aucun relief mais couverte de verdure. La végétation est cependant quelque peu différente : moins de cocotiers et plus de ces magnifiques arbres à pain. On a le temps de se baigner avant que n’arrivent les autorités des îles. Ils ont pris un peu plus de temps à venir, mais ils arrivent en force : ils sont sept! Douane, immigration, santé, deux militaires, un représentant du port (quel port?) et le pilote. Chacun pose ses questions en même temps que les autres et tend ses formulaires à remplir. On ne fait pas que nous donner les règlements des Maldives, mais on nous oblige à les lire devant eux.
Grands changements depuis le mois passé, mois pendant lequel un bateau français que l’on connaît très bien s’est arrêté ici en promettant de payer son dû dans la capitale, mais qui a filé à l’anglaise après avoir sillonné les îles. Les autorités nous racontent cette histoire qu’on fait semblant de ne pas savoir. On paie maintenant dès la première île le permis de navigation, soit 500 $ pour 30 jours. De plus, il faut soumettre aux autorités de Malé, la capitale, la liste des îles qu’on veut visiter. Les 30 jours commencent avec celui de notre arrivée, mais la réponse de la capitale peut prendre de trois à cinq jours à venir. Si certaines îles sont refusées, on peut en soumettre d’autres, ce qui prendra…. Devant un accueil aussi invitant, notre décision est vite prise. Nous ne visiterons pas les Maldives. Lynn Rival (Paul et Rachel), qui est arrivé la veille, ne le fera pas non plus d’ailleurs. On débourse quelques dollars pour pouvoir rester au mouillage un maximum de trois jours. Poursuivre notre route ne sera pas compliqué puisque toutes nos provisions sont faites depuis l’Inde. Le seul hic pour nous est qu’il aurait mieux valu être au sud des Maldives pour entreprendre la route de la Thaïlande. Théoriquement, tout au moins, les vents auraient été plus favorables.
Vers les Seychelles
Dans le cockpit d’Alero, Paul et Rachel nous annoncent qu’ils ne vont plus aux Chagos, mais se dirigent vers les Seychelles. Ils nous font la démonstration que les vents sont favorables pour s’y rendre et nous incitent à continuer avec eux vers ces îles du « paradis » à moins de 1000 milles. On avait déjà envisagé ce parcours il y a plusieurs mois, mais on avait finalement opté pour continuer vers l’est. On pèse les pour et les contre… Certains des guides touristiques et nautiques que nous nous étions procurés (Rodrigues et Dominique, Réunion, Madagascar, Tanzanie, Kenya) serviraient alors. Mais la motivation principale est sans doute qu’on s’entend bien avec nos sympathiques amis.
Nouveau cap vers les Seychelles; 1461 milles en fait. Pendant les premières heures, Éole nous fait croire qu’il sera avec nous pour ce périple. Mais il se calme vite et nous oblige à faire tourner le moteur pendant 24 heures. Puis, un souffle léger, si léger qu’il nous fait faire de 1 à 1,3 nœud, nous permet de calculer qu’à cette vitesse on atteindra les Seychelles dans plus ou moins 100 jours… On se donne donc jusqu’au lendemain midi pour décider si nous continuons ou si nous retournons vers les Maldives et la Malaisie. Ce lendemain, Lynn Rival n’est plus visible à l’horizon. Paul et Rachel ont fait tourner le moteur depuis le départ. Ils ont un peu de vent et hissent leur tout nouveau geneker. Trente minutes plus tard, on commence également à sentir le vent et on monte graduellement à trois et quatre nœuds. On continue donc vers les Seychelles. Nous avons maintenant le vent par-derrière. Le gréement d’Alero ne permet pas d’utiliser facilement un tangon tout en déployant totalement le génois. Par radio, Rachel nous dit : « Nous, on ne l’a jamais fait, mais on a déjà vu quelques bateaux qui utilisaient leur bôme en guise de tangon. » On étudie la chose. On avait déjà fixé une cadène (U bolt) à l’extrémité de la bôme dans le but d’y installer une retenue. On utilise donc cette installation pour déployer et tendre le génois, ce qui apporte une accélération certaine du bateau et permet à la toile de faseyer moins souvent, moins violemment quand Éole souffle à cinq nœuds ou plus. Nette amélioration alors. Mais légère brise, bise, calme plat, houle sans vent se succèdent pendant plusieurs jours. Ça n’est jamais le fort vent comme son absence qui est épuisant et tombe sur les nerfs en navigation, surtout quand il y a roulis perpétuel. Les six premiers jours, nous n’aurons fait que 464 milles.
Malgré tout, l’équipage garde un bon moral. Et c’est la fête! À 19 h 20, le bal commence dans le ciel, éclair sur éclair. Lorsque Denise termine son quart, elle est plus que contente, car elle se dit que dans trois heures, quand son tour de garde reviendra, tout ça sera du passé. Surprise! D’abord, elle dort peu, car il fait trop clair et ça claque très fort. Pour elle et pour moi, la fête continue de plus belle. Oui, c’est vrai, c’est aujourd’hui notre anniversaire de mariage, mais vous exagérez là-haut! Pendant plus de huit heures trente minutes, nous avons droit à des éclairs sans arrêt. On peut rarement compter huit secondes sans en avoir un. Plusieurs tombent dru dans l’eau tout autour. On a coupé le courant et les fusibles, mis un GPS et l’ordinateur dans le four (principe de la cage de Faraday), chaussé nos bottes et nos gants de caoutchouc. Le party a finalement pris fin sans causer de dégât pour nous. Nous étions pourtant l’élément le plus haut à des milles à la ronde… L’orage électrique est ce que nous craignons plus que tout en mer parce qu’il n’y a rien à y faire, contrairement au gros temps, par exemple, avec lequel nous pouvons toujours composer.
Deux autres événements dans ce passage sont dignes de mention. Le lendemain du fameux feu d’artifice, les deux lignes qui traînent offrent en même temps de la résistance. Une magnifique dorade de 76 cm et ce qu’on croit être un thon de sept ou huit kilos, sont montés à bord. On garde le meilleur. On remet le thon à l’eau. Mais la chose la plus extraordinaire est que de chaque côté du bateau des centaines de poissons des mêmes espèces longent notre coque. C’est de toute beauté! On voit très bien leurs couleurs dans cette eau limpide. C’est la toute première fois qu’on assiste à un tel phénomène. L’autre fait est que nous ayons traversé la ligne virtuelle de l’Équateur, 00*00’000 a marqué notre GPS. On n’avait jamais envisagé de faire un tel passage. C’est un peu comme passer du 31 décembre au premier janvier ou encore atteindre une nouvelle année de notre vie, finalement. Pas de panneau indicateur ni de ligne sur l’eau. Nous sommes cependant conscients d’être passés dans l’hémisphère Sud et ça nous fait un petit quelque chose de nous savoir rendus là après presque sept ans de bourlingage dans l’hémisphère Nord. Nous sommes maintenant dans les eaux nationales des Seychelles. Victoria est à peine à 36 heures d’ici. On se considère arrivés, ou presque, dans ce paradis que tout le monde rêve de visiter un jour. Paradis? Nous verrons très bientôt.
Comment se servir de la bôme en guise de tangon

Il faut d’abord poser une cadène (U bolt) à l’extrémité de la bôme. On peut alors y enfiler directement l’écoute de génois, mais il vaut beaucoup mieux d’abord saisir une poulie ouvrante sur la nouvelle cadène. Cela permet de réagir beaucoup plus rapidement en cas d’urgence ou lorsqu’il faut changer le génois de bord. De plus, la poulie évite le frottement et la résistance.
Après avoir fait passer l’écoute dans la poulie, vous poussez la bôme jusqu’au bas hauban arrière, puis vous la ramenez quelque peu avec l’écoute de grand-voile. La bôme ne doit jamais former de pression sur le bas hauban. Vous bordez le génois et le tour est joué. Le point d’écoute du génois est alors beaucoup plus déployé vers l’extérieur, ce qui donne une meilleure surface de toile. De plus, avec cette installation, vous pouvez prendre le vent à 160 degrés et plus. Par vent trois quarts arrière ou plus, l’utilisation de la grand-voile est à proscrire. Elle ne ferait que déventer le génois. Une retenue de bôme n’est alors peut-être pas absolument essentielle, car la bôme va plutôt chercher à revenir vers le cockpit plutôt que d’avancer. Une bonne retenue évitera cependant ce désagrément. Bons vents!


Ernakulam, une autre facette de l’Inde
Quelle est la population d’Ernakulam? Un million et demi d’habitants? Plus? On ne réussit plus à les compter. Il nous semble que tous les Indiens vivent dans cette ville grouillante, bruyante, poussiéreuse, négligée et puante. Traverser la rue est du domaine du haut risque et marcher sur les trottoirs sans culbuter dans des déchets ou tomber dans un trou demande quatre yeux ou plus.
Après quelques semaines d’acrobaties, de raffinement dans l’art d’éviter les autos et les tuk-tuks, on s’habitue, on prend même goût. On connaît les commerces et les commerçants, les restaurants, l’emplacement des rues principales qu’on identifie par un magasin (celui qui vend des pâtes italiennes par exemple), un temple, une église, un marché public… On prend régulièrement un tuk-tuk. On ne demande plus le prix de la course, car le chauffeur a tendance à exagérer avec les touristes. On paie le prix qu’on sait juste. Et le chauffeur est content.

Quand on retourne au bateau à partir du joli-de-loin-ex-quai–neuf-de-deux-ans-qui-tombe-en-ruines pour traversiers et qui n’a jamais servi parce qu’on n’avait pas remarqué la trop faible profondeur d’eau pour de telles embarcations, on retombe dans le silence et la quiétude. Vue d’Alero, la ville semble belle, attrayante. On est mouillé au milieu du Back-Water, espèce de rivière qui, à quelques kilomètres de la mer et quasi parallèle, forme de larges canaux sur une centaine de kilomètres. La marée y entre et en sort deux fois par jour. Il s’y fait beaucoup de transport maritime et du tourisme fluvial dans des barques traditionnelles qui n’ont de traditionnel que leur jolie forme. Elles sont maintenant poussées par de puissants moteurs, sont divisées en chambre et balcon, avec parfois même la climatisation.
On est très bien ici. Sur l’eau, il ne fait pas trop chaud. Les moustiques du coin sortent tôt en après-midi et, à part ceux qui réussissent à s’infiltrer pour passer la nuit avec nous, ils ont généralement assez de civisme pour se retirer après une heure de visite, ce qui nous permet de profiter du cockpit à la tombée du jour. Sur bâbord, un îlot avec un hôtel de luxe, piscine et bar. On profite plus du bar que de la piscine, car on n’aime pas s’exposer au soleil. On prend soin de notre corps, voyez-vous. Sur la rive droite, un mur d’édifices à logements pour militaires et policiers, d’édifices à bureaux, de banques et autres commerces étouffe les bruits de la ville grouillante, tout juste de l’autre côté. Beaucoup de verdure pour embellir tout ça. L’eau brunâtre ne sent pas toujours le parfum des fleurs, mais bon…
Toutes ces raisons et le fait que les ports de la côte sont distants les uns des autres font qu’on a tendance à y rester un bon moment. Faut dire que le joli Cochin, la vieille ville tranquille et aérée à laquelle on a rapidement accès par traversier, nous attire régulièrement dans ses rues et ses restos. De plus, Ernakulam est un endroit sécuritaire pour laisser le bateau et partir explorer le sud de l’Inde, ce que nous ferons pendant 12 jours. Une équipe de télévision vient nous interviewer. Les tourdumondistes qui s’arrêtent à Cochin ne sont pas encore légion.
Une régate pas comme les autres
Cochin, c’est aussi la base navale principale de l’Inde. Un après-midi, on reçoit la visite du lieutenant Paniker. Il nous invite à participer à la régate internationale de l’Inde qui fait les Laquedives et retour. Les Laquedives constituent un archipel à plus ou moins 250 milles des côtes, appartenant à l’Inde, peu connu parce que son accès est restreint pour les visiteurs étrangers. Les îles faisaient autrefois partie des Maldives, plus au sud. On voulait aller aux Laquedives, mais la permission de s’y rendre requérait de nombreuses démarches. On nous facilitait la chose par cette participation. Six voiliers (Mistral, Chassamba, Reckless, Mailis, Adverse Condition et Alero) se montrent d’abord intéressés, mais plus personne ne veut participer quand on nous annonce que le coût sera de 500 $ par bateau. On baisse alors rapidement à 250 $, puis à 125 $. Finalement, la veille du départ, Alero demeure le seul inscrit parmi les bateaux étrangers, ce qui permettra à la course de conserver le titre pompeux de « régate internationale ».
On est la veille du départ. On vient nous chercher et on nous amène en Ambassador, la limousine indienne, avec chauffeur en livrée, à une réunion préparatoire. Tous les équipages y sont. Tous des jeunes de moins de 30 ans. On se sent un peu parents ou grands-parents dans cette mêlée. La chose est très officielle : quatre intervenants nous entretiennent sur la ligne de départ et celle d’arrivée, les stratégies possibles, la météo, les dangers de la course, les communications, les voies de cargos. Pour la circonstance, Alero s’appellera Juliet 8. Puis, on nous distribue casquettes, chandails imprimés et autocollants de circonstance.
C’est le grand jour. Surprise! On vient nous apporter des plats préparés pour les trois jours à venir. Trente minutes avant celui de la réputée course autour du monde Volvo, qui s’est arrêtée en Inde pour la première fois, nous traversons la ligne de départ, observés par une foule venue pour l’autre événement. Nous partons à voile-moteur par manque de vent afin de dégager la place pour les bolides de la Volvo. Nous sommes huit bateaux dont six de la marine militaire indienne, des « J boats » performants.
On est encore dans le canal de sortie que le moteur surchauffe. On dégage prestement le chenal. Inspection : l’entrée d’eau de mer est obstruée par ces fameuses herbes qui envahissent les back waters. On demande par radio si on doit demeurer sur place pour ne pas nuire au départ de la course Volvo. On nous dit de continuer. On sera finalement en mer avant les magnifiques coursiers qui prendront la direction du sud alors que nous poursuivons plein ouest. Tout va bien avec un bon vent favorable.
Nous sommes au deuxième jour quand un avion militaire nous survole et nous annonce que le point de chute a changé. On ne va plus à Kavaratti, mais bien à Kadmat. « On ne trouve pas cette île sur notre carte. » – « On va aller vous en porter une. » (????) Quarante minutes plus tard, une frégate, Bangaram, nous rejoint. Au quatrième essai, un câblot à pomme de touline atterrit sur Alero. Une carte y est attachée. Le nouveau point de chute existe bien sur notre carte, mais il porte un nom différent, tout simplement. On est à lire la nouvelle carte et les instructions qui y sont attachées qu’on nous annonce par radio que la ligne d’arrivée n’est plus celle qui y est dessinée… Exercice de marine? Avec le soleil qui se couche, le vent tombe. On décide de rompre avec le règlement qui restreint la consommation de diesel à dix litres et on part le moteur. On longe l’île Androti, interdite à tout visiteur parce que peuplée par 10 000 lépreux indiens, semble-t-il.
À 11 h 30, le troisième jour, on passera la ligne d’arrivée. On est le sixième bateau. L’un ayant démâté et l’autre s’étant perdu, nous sommes bons derniers. On s’y attendait bien. Un malentendu, un autre, fait qu’on passera la nuit exposés aux vents qui se sont levés, à proximité de récifs. Une nuit blanche en pleine noirceur.
Au quatrième jour, on entre dans le lagon de Kadmat. Il n’y a qu’un étroit passage avec moins de deux mètres de profondeur. On suit de quelques mètres un bateau local venu nous guider. On touche le fond. On nous indique notre ancrage à quelque 500 m du bord. Nous sommes au beau milieu d’un immense lagon vert, entre une ligne infinie de cocotiers et une ligne de récifs à fleur d’eau sur lesquels viennent se briser les vagues extérieures. Magnifique! De toute beauté!
Avant de participer à la course, nous y avions mis deux conditions. D’abord, on ne ferait qu’un sens de la course, soit pour aller seulement. Ensuite, on devait nous accorder la permission de rester 10 jours à l’île d’arrivée. Ce qui nous fut accordé sans problème. Alors que les autres participants faisaient la deuxième étape le lendemain, nous avions ce magnifique bassin pour nous tout seuls. Le lagon, comme l’île, fait 10 km. Nous avons fait l’île de long en large : rues de sable, quelques autos, un seul minibus, cocotiers partout, maisons et maisonnettes propres, gens souriants, accueillants. Nous nous sommes liés d’amitié avec Ali. Tous les jours, il venait au bateau nous apporter cocos, poisson, hameçons. Nous discutions de tout et de rien, de son île qu’il adore. Puis, il nous a présenté sa femme et ses cinq enfants, nous a guidés dans les deux écoles et à l’usine de cocos que nous avons visitée. Nous avons observé les pêcheurs lancer leurs filets, nous avons échangé avec les habitants, été invités à prendre le thé ici, à manger là… Nous avons fait la lecture à l’ombre des grands arbres, nous avons agréablement flâné jour après jour. Et nous avons célébré Noël à deux, les 6000 habitants de l’île étant musulmans.
Quand, après dix jours de farniente, nous sommes sortis de notre lagon, des milliers de thons nous ont salués en sautant hors de l’eau. Nous nous sommes alors dirigés vers Cochin pour pouvoir y célébrer la nouvelle année en compagnie des navigateurs qui y mouillaient déjà avant notre départ.
Sécurité, sécurité, sécurité…

Les grands caps favorisent le rassemblement des cargos. Tous ceux qui vont en Chine et en reviennent passent au sud du Sri Lanka et la majorité d’entre eux pointent vers le golfe d’Aden et la mer Rouge pour se rendre en Europe, s’ils ne décident pas de contourner le sud de l’Afrique pour atteindre les Amériques. La plupart des cartes océanographiques dessinent le parcours théorique de ces cargos. La vigilance lors des quarts est alors de rigueur quand on croise ou qu’on longe ces larges corridors. Mais que font donc ces navigateurs solitaires comme Dominique (Québec Yachting, 2010)? Dominique affirme passer en moyenne 18 heures à l’intérieur dont au moins 12 heures à dormir ou somnoler. Jean-Denis disait ne pas prendre de chance. Il se réveillait aux demi-heures pour jeter un coup d’œil. Pourtant, un cargo qui fait 18 nœuds a le temps d’apparaître à l’horizon et de frapper bien avant 30 minutes…
Le radar peut suppléer, mais personne ne l’utilise dans ces circonstances parce qu’il est trop énergivore. Les détecteurs de radar comme le C.A.R.D. ou le Merveille remplissent bien leur rôle, même s’ils sonnent souvent pour rien. Et le dernier né, le A.I.S., qui est maintenant disponible pour les navires de plaisance, est le nec plus ultra. Il vous annonce et vous dit précisément qui vient à votre rencontre. Les quelques utilisateurs que nous avons rencontrés s’en disent très satisfaits. Un gadget de plus à ajouter sur la liste. Ce qui n’empêchera pas les collisions comme celle de Spout (voir la photo) mais diminuera leur nombre assurément. Bientôt, nous allons continuer à naviguer sur une coque flottante, inventée il y a quelques milliers d’années, poussés par les mêmes vents, mais fourbie d’instruments de Star Trek.

Conférenciers: Benoit Villeneuve et Nancy Perron
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Traverser l’océan à la voile c’est d’abord et avant tout un rêve. Un rêve vieux comme l’humanité qui, depuis toujours, cultive le désir profond de sans cesse repousser les frontières. Cette conférence tentera d’abord d’aborder la réalisation concrète du rêve. S’il est très romantique de s’imaginer repasser sur les traces des grands explorateurs du passé en misant, comme eux, sur la puissance d’Éole, dans la réalité, c’est bardé d’instruments électroniques et communiquant avec une armada de satellites tout droit sortis de la conquête spatiale qu’on s’y lance! C’est en multipliant les récits et les anecdotes que nous tenterons de vous faire revivre avec nous les hauts et les bas de nos nombreuses traversées.
Puisque traverser l’océan à la voile c’est aussi arriver de l’autre coté et y découvrir de nouvelles terres et de nouvelles cultures, nous partagerons avec vous quelques-uns de nos coups de cœur. Nous choisirons parmi ces iles et archipels aux noms évocateurs que sont les Açores, les Canaries, l’archipel de Madère, celui des Baléares et l’ile de la Corse. Pour conclure, nous reviendrons sur le fait que faire une traversée c’est plus que réaliser une partie d’un voyage. La traversée constitue un voyage en soit! C’est, ultimement, une expérience profondément humaine où, tout en cherchant l’équilibre entre le vent et les voiles, la mer et le bateau, le marin et la nature, le passé et le futur, on réalise un grand voyage à l’intérieur de soi!
Au plaisir de vous rencontrer
Benoit et Nancy
Photos courtoisie de Benoit Villeneuve et Nancy Perron
13782 miles nautiques en solitaire en atlantique nord
Ce fut un bonheur contagieux de recevoir cet homme au sourire franc et taquin, lors de notre dernière conférence. Monsieur Claude Richemont, nous a proposé un univers anecdotique des plus farfelus (jument qui mange dans la maison !) et rempli de candeur (dormir à 800 mètres sur le Mont Pico dans les grottes poreuses, fausse bonne idée !). Très généreux, il se dévoilera sans se censurer à l’occasion d’un dialogue avec sa caméra après 12 jours en mer, états d’âme inclus.
Cet excellent vulgarisateur, nous expliquera très bien les conditions météo et le défi que représente de traverser ces périodes d’agitation et de vents forts ainsi que l’incidence sur le moral. C’est certain qu’avec un anticyclone vers le nord et 5 jours de près avec une mer croisée que les décisions seraient différentes avec le recul. C’est l’expérience qui s’acquiert : Ne pas s’acharner sur un cap, nous dit-il.
De bons bouts de film nous ont été présentés ce qui nous a permis de nous imprégner de l’ambiance; le tout au son de la chansonnette qu’il poussera à l’écran. Il nous expliquera qu’il préfère filmer vers l’arrière car il craint de filmer à l’avant (avec raison !) et qu’un bon repas redonne du courage.
Le trajet est jalonné d’étapes et d’attente.Monsieur Richemont nous expliquera chaque rencontre et visite de façon concise et vivante. On le suivra à travers sa route en toute facilité depuis la Gaspésie, en passant par les Açores, ensuite, le Portugal, L’Espagne, les Iles Canaries et la Martinique, avant le retour.
Si c’est l’étrave qui l’a mené vers ces destinations, c’est plutôt son cœur qui le guidera sur la durée de ses séjours, au fil des rencontres, des endroits visités et aimés. Le voyageur solitaire a toute cette liberté de trainer au gré de ses désirs. Parfois, il n’a d’autres choix que de rester, complètement séduit, tout comme l’audience de la Conam, qui l’a écouté réceptive face à l’aventure qui lui était proposée.

Conférenciers: famille Sabourin-Couture
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En août 2009, la famille largue les amarres pour un périple de cinq ans autour du monde. Notre goût de l’aventure, notre passion des voyages, notre quête de liberté, notre curiosité, notre persévérance et notre envie de vivre d’intenses moments en famille nous porteront au-delà des frontières; un voyage d’abord vers soi, parmi les autres.
Cinq ans plus tard, après avoir parcouru 43 000 milles nautiques, traversé 3 océans, visité plus de 60 pays et côtoyé des tribus hors du commun, nous sommes convaincus que c’est le plus beau cadeau que nous nous soyons offert, à nous et à nos enfants.
Embarquez avec nous, à bord de Myriam, pour y découvrir une planète d’une extrême beauté, et surtout, une planète habitée par des gens extraordinaires!
Photos courtoisie de la famille Sabourin-Couture
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