Retour sur la conférence de novembre 2016

Manon

Une goutte d’eau dans l’océan, des souvenirs plein la tête par Alain Stockless et Josée Boulianne

Avec leur Jeanneau Sun Fizz, 40 pieds nommé Jolie Brise III
OU
AUTOPSIE D’UN VOYAGE

C’est plutôt une rétrospective de ce qui a guidé leurs choix,avant et tout au long du voyage qu’ont abordé nos conférenciers-enseignants.Pour Josée, ça été quatre années de préparation vécues dans l’appréhension.

Le couple rêve des îles, d’échanges culturels et de chaleur humaine.  Les enfants désirent voir la Tour Eiffel et faire un tour à dos de chameau! Est-ce compatible?

Ils ont tenté de prévoir l’imprévisible par des lectures, des cours ou des conférences ou des convoyages. Mais impossible de tout contrôler !

Des conseils ? Ils n’ont pas ! Sauf peut-être de ne pas ménager sur le confort dans le bateau et de faire une bonne remise en condition.

Nos conférenciers nous ont gâtés avec des séquences de navigation figurant parmi les plus réalistes, proposant une profondeur de champs remarquable et agencée à de très belles trames sonores.Ainsi, nous contemplerons avec ravissement Madère et ses falaises exceptionnellement abruptes et assisterons au Cap Vert à cette rencontre improbable avec la grande chanteuse Cesara Evora.

Notre couple de conférencier, nous a transportés sur un parcours vers l’accomplissement des rêves et des souhaits de chacun, plutôt que vers le traditionnel tracé de voyage et ses escales.  Ils sont partis en famille vers l’école en temps réel pour vivre, découvrir et s’accomplir. Cette école, va bien au-delà de l’apprentissage académique.

À leur contact, on comprend alors que ce sont les vents qui décident mais que les destinations nous changent.

 

    

Mot du Président, décembre 2016

President

Lors de notre prochaine soirée conférence, exceptionnellement le 30 NOVEMBRE, se tiendra notre salon du livre. Profitez-en pour venir discuter avec les auteurs présents, pour échanger sur leurs aventures et aussi obtenir une dédicace exclusive pour vous ou pour la personne à qui ce présent sera offert.

Décembre approche à grand pas et la neige frappe déjà à notre porte.Les bers accueillent nos embarcations qui seront délaissées pour quelques mois. À moins que d’importants travaux ne soient requis ?Personnellement, ce sera au printemps que j’effectuerai ces menus travaux.

Pour ceux qui restent au Québec, il y aura les conférences de la CONAM qui seront là, pour vous faire patienter jusqu’à l’été prochain et vous faire rêver. D’ici-là, Il faudra affronter l’hiver et le froid. Pour ma part, parfois je m’installerai au coin du feu pour apprécier la détente après une longue randonnée de motoneige ou une journée de ski alpin… avec un livre, peut-être reçu de ma douce.

Séminaires

N’oubliez pas de vous inscrire pour le séminaire du mois de février. Les membres démontrent un véritable engouement pour celui-ci !Hâtez-vous de vous inscrire et n’oubliez pas votre dépôt de 20 $ remboursable le jour du séminaire, sur place.Notez qu’un autre séminaire est également prévu plus tard en saison.

Comme vous le constatez,la CONAM et ses administrateurs innovent pour combler les attentes de ses membres et en séduire de nouveaux. Nos séminaires s’inscrivent dans cette stratégie et connaissent un franc succès,remplissant entièrement chaque salle et ce, depuis l’automne 2015. Nous persisterons donc, et offrirons ce genre d’activité encore l’an prochain. D’ailleurs les membres du conseil d’administration sont déjà affairés à recruter des intervenants sur des sujets d’intérêts pour les séminaires de la saison 2017-2018.

Pour finir, je profite de l’occasion en cette période festive, pour vous souhaiter mes meilleurs vœux pour le temps des fêtes.

 

      

30 novembre 2016 – Les plaisirs et défis d’une transat à voile

Conférenciers: Daniel Ostiguy et Denis Tremblay

Un jour, on rêve de partir à voile, osez l’aventure, faire le tour du monde. Puis, on sent que ce moment est arrivé, peut-être parce qu’ìl est temps de sortir des sentiers battus ou se mettre au défi. Cette conférence, c’est notre aventure, celle de deux transats vécus avec des amis navigateurs en 2011 et 2012.

Je venais de passer 2 hivers aux Bahamas et 3 aux Antilles. En 2010, je fais la rencontre d’un navigateur Québécois, Gervais Leclerc sur Tarangua au quai de Grenade. Arrivant de Turquie, Gervais nous a émerveillés par ses récits de voyage en Méditerranée. Nous voilà décidés; on change de paradis. Destination Europe.

Je vous présente ce récit en trois parties : la préparation du voyage, la navigation en mer et les escales. Le tout nourri d’une passion pour les voyages à voile, le goût de se surpasser et le plaisir de découvrir de magnifiques pays lors de nos escales. La première transat se dessine en 2011 sur un trajet de St-Martin au Portugal  avec une escale très appréciée aux Açores. En 2012, c’est le retour qui s’effectue de l’Espagne aux Antilles en passant par Gibraltar, son détroit, le Maroc, Les Canaries, le Cap Vert et la Martinique. Venez vivre cette aventure avec son capitaine et un des équipiers, le tout accompagné de magnifique photos et vidéos. Bon rêve…

Photos courtoisie de Daniel Ostiguy

Retour sur la conférence d’octobre 2016

Manon

Vaincre ses peurs

C’est de la graine de conférencière que nous avons accueilli rue Jarry en ce beau mercredi d’octobre.   En effet, Blandine de Maillard a su entrée en relation avec l’assistance à l’instant où elle s’est emparée du micro, nous permettant même de compiler quelques statistiques :

75 % des membres possèdent un voilier
15 % ont déjà fait une traversée comme équipier ou comme capitaine
10 % sont retraités (et 25 % veulent y arriver le plus vite possible ! )
Moins de 1 % des membres ont déjà navigué à l’aide d’un sextant ou sur l’océan Indien.

Cette Marseillaise d’origine et Québécoise d’adoption, a partagé son expérience vécu sur le voilier Banik. La décision de partir a été prise suite au décès imprévu de son mari alors qu’elle n’avait que 28 ans.

Ses compagnons sur Banik, comptent près de 40 ans de navigation dont 10 autour du monde. Ils hésitent à entreprendre cette traversée ce, malgré les miles nautiques accumulés.  L’Indien a mauvaise réputation :Vagues croisées, impossibilité de passer par la Mer Rouge en raison de la présence de pirates, présence de fronts froids sur les îles de la Réunion et finalement,vagues scélérates que l’on redoutent au sud de l’Afrique.

Le départ s’effectuera tout de même près de Bali.  Ils s’embarquent donc pour une rencontre avec L’Indien, qui se montre sympathique, pour une première traversée de 9 jours vers Cocos Keeling.

L’indien se réveille pour l’étape suivante vers l’île Rodrigues pour 13 jours de traversée (voisine de l’Ile Maurice) où ils séjourneront 3 semaines dans les environs.

Mais c’est sur l’Île de la Réunion, qu’elle surnomme,  l’île intense, que notre conférencière rivalisera avec ses peurs. Elle explorera 3 500 Km à cheval sur son scooter, volera sur différent engin aérien et sautera depuis des falaises escarpées dans l’eau tant redoutée.

Une destination rarement présentée à la Conam que nous avons découvert avec plaisir sur l’eau, dans les airs et sur terre.

 

    

Mot du Président, novembre 2016

President
Mercredi le 5 octobre dernier,se tenait l’Assemblée générale annuelle de la CONAM.  Le conseil d’administration est de nouveau complet et ce, pour une quatrième année consécutive. Nous avons le plaisir d’accueillir trois nouveaux administrateurs cette année.

 

Voici donc les personnes faisant partie du nouveau C.A. et les postes confiés à chacun:

Bernard Fortin,président                                   Luc Poulin, vice-président

Johanne Guilbault, trésorière                          Nathalie Larouche, secrétaire

Benoit Grand ‘Maison, administrateur            Manon Brisson, administratrice

Diane Cobello, administratrice                        Jacques Lacombe, administrateur

Jérémy Raymond, administrateur

Que les membres du conseil, reconduisent mon mandat de présidence pour une quatrième année, confirme la confiance qu’ils ont en moi et je leur en suis reconnaissant. J’accepte ce nouveau mandat avec enthousiasme.

Au cours de la prochaine année, je compte poursuivre l’élargissement du réseau de la CONAM et de son image : que ce soit auprès des navigateurs ou des différents organismes et/ou associations du monde du nautisme.

Je tiens à féliciter et remercier Benoit Grand’Maison qui arrivait à la fin de son mandat de deux ans et qui a accepté de maintenir ses activités de webmestre à la CONAM. Il fait un excellent travail.

Bienvenue à Diane, Jacques et Jérémy. Jérémy est un tout nouveau membre 2016-2017. Je suis fier de le compter par nous et j’espère amener d’autres jeunes de sa génération à découvrir, s’initier et se joindre à notre passion.

Impossible de passer sous silence le  travail exceptionnel effectué par nos administrateurs sortants Benoit Pronovost et Dominique Legault. Benoit, pour quatre années de loyaux services dont trois en tant que vice-président et Dominique, deux années en tant que trésorière. Ceux personnes avec leur dynamisme et leur engagement, nous ont menés à de belles innovations : comme l’implantation de notre nouveau site web et la création des séminaires exclusifs aux membres. Merci!

Vous aurez l’opportunité de les remercier en personne, car ils mettront leurs compétences à contribution en tant que bénévoles jusqu’au jour du grand départ vers des mers inconnues.

Quand certains membres nous quittent pour réaliser leur rêve de partir et vivre sur un voilier, je me dis que la CONAM remplie bien sa mission, soit celle de fournir un lieu d’échange entre marins novices et d’expérience, de donner l’accès aux outils pour amener les navigateurs au niveau de compétence requis pour une navigation sécuritaire…pour que cela demeure de la plaisance tout au long du voyage.

Bernard Fortin

Président

      

2 novembre 2016 – Une goutte dans l’océan, des souvenirs plein la tête

Conférenciers: Alain Stockless et Josée Boulianne

Un tour de l’Atlantique en voilier. Un couple avec deux enfants âgés de 7 et 9 ans. Rien de nouveau pour l’itinéraire que vous connaissez probablement déjà. Toutefois, vous n’étiez pas à bord avec nous ni durant nos escales d’ailleurs et ce fut là que la magie a opéré. Nous n’étions qu’une petite goutte dans l’océan, mais le monde nous appartenait. Ce qui nous a interpelés, les bons et moins bons moments, les bonnes et moins bonnes idées et tout ce qui nous reste en tête face à cette expérience. C’est ce que nous partagerons avec vous.

Ce voyage vous sera présenté par thématiques. Qu’est-ce qui nous a menés à faire un tel voyage? Qu’en est-il de sa préparation? Évidemment, nous avions une opinion sur tout, mais était-ce la bonne? Les aventures, les rencontres, les expériences vécus et ce tout qui reste gravé dans notre mémoire sont, en partie, ce que nous souhaitons aborder avec vous.

Cette conférence sera accompagnée d’images qui nous ont marquées. Pour certains, ce sera l’occasion de se remémorer ce qu’ils ont eux-mêmes vécus tandis que pour d’autres, ce sera l’occasion d’en découvrir davantage et qui sait, cela vous donnera peut-être le goût d’aller voir ce qu’il y a ailleurs et d’en revenir avec des souvenirs plein la tête.

Au plaisir de vous y rencontrer et d’échanger ensemble

Photos courtoisie d’Alain Stockless

Les vilains gnomes des rivages – par Alain Lavoie ou Aloha

Les vilains gnomes des rivages

ALAIN LAVOIE OU ALOHA · 5 AVRIL 2016

L’histoire maritime du monde regorge de contes et légendes mettant en scène des monstres incroyables, des sirènes, des vaisseaux fantômes, des îles flottantes ou mystérieuses, des hommes poissons et autres créatures plus invraisemblables les unes que les autres. Au Québec, l’histoire du fleuve St-Laurent, de ses îles et de ses cours d’eaux, qui furent les routes principales pendant plus de trois-cents ans n’y échappent pas. Notre folklore fut transmis par les conteurs, les voyageurs, à travers les légendes et les chansons au fil des ans. Dans tout le pays, les histoires de loups-garous, de diables et de chasse-galerie, ont su longtemps égayer les veillées, émerveiller et aussi terroriser les petits enfants, au temps où il n’y avait ni radio, ni télévision et encore moins d’internet ou de jeux vidéo.

L’ambiance d’un bateau au mouillage, loin du wifi et des facilités électriques, est bien sûr l’endroit idéal pour ranimer un peu cette vieille tradition orale, et ça tombe bien, car je suis passionné de ces contes et légendes. Mes lectures m’ont d’ailleurs permises d’en apprendre quelques unes. Alors montez à bord, fermez vos cellulaires et descendez dans le carré de mon bateau qui sent bon l’huile de teck, et installez-vous confortablement. J’ai bourré ma pipe, allumé la lampe à l’huile qui répand sa douce lumière, et j’ai mis la bouteille de rhum sur la table. Servez-vous, ne soyez pas timides! C’est de l’excellent Barbancourt parfumé d’Haïti et j’en ai plein la cale! Je vais vous raconter ces histoires, et non ces légendes, car ce sont des histoires vraies bien sûr, vraies comme chui là! N’ayez crainte, je vais rester assis près de la descente, et le p’tit suroit enverra la fumée de ma pipe dehors, vous ne serez donc pas incommodés.

Je vais donc vous conter l’histoire des méchants gnomes des rivages. Il y a longtemps que les légendes parlent de ces gnomes ou lutins malfaisants, qui hantent les côtes et firent damner les marins, les pêcheurs et les riverains. Transportons-nous d’abord sur le vieux continent, ou plusieurs de ces créatures ont été rapportées au fil des ans.

Voilà quelques années seulement, sur les plages du Finistère sud, sévissait celui qu’on appelait le «Yannic-an-Aod» ou Petit-Jean-du-Rivage. C’était un lutin très espiègle, qui passait son temps à terroriser les pauvres pêcheurs. Certains le nommaient aussi le «noyé-hurleur», pensant qu’il s’agissait-là de l’âme d’un pauvre noyé qui pleurait sa vie terrestre. Lorsque la nuit était noire, il se cachait parmi les rochers de la grève et poussait des cris de mort auxquels il ne fallait surtout pas répondre, sous peine d’être emporté et tué par la créature.

Il voyageait beaucoup et hantait également l’île d’Ouessant. Par nuits de vents forts et de tempête, il hurlait et criait derrière les portes des maisons : Donnez-moi du feu! Donnez-moi du feu! Malheur à celui qui par mégarde lui ouvrait! Il se faisait agripper, emmener et on ne le revoyait jamais. Dans le golf du Morbian, on lui donnait un autre nom, le «Bugul Noz» ou berger de nuit. Il poursuivait les promeneurs qui s’égaraient sur les plages, mais on disait aussi qu’il lui arrivait d’être plus gentil, et parfois, quand il était de bonne humeur, il lui arrivait apparemment d’avertir les riverains qu’une tempête approchait.

Bien que Petit-Jean-du-Rivage ait été bien connu et vu par plusieurs, le plus célèbre de tous les lutins bretons est sans conteste celui que l’on nommait Nicole. En 1823, Nicole hanta la baie de St-Malo pendant trois longs mois, durant lesquels il y créa un chaos incroyable. On le disait farceur et vilain embrouilleur. Il mangeait les appâts, déchirait les filets pour que les poissons s’en échappent et mélangeait les mouillages des bateaux. Il créa une telle commotion durant son passage, que sa réputation fit le tour du monde. On en parla jusqu’à Valparaiso, tout comme à Macao, et même, on en entendit parler dans quelques bars de Québec. Heureusement, un jour il disparut sans plus jamais laisser de trace.

Bien que Nicole soit le plus célèbre, le plus malfaisant et diabolique de tous fut sans doute le nain rouge, ou plutôt le petit homme rouge, comme le nommait les gens du pays de Caux. Cette horrible créature venait apparemment de Scandinavie, et hantait tout le littoral de Dieppe au Havre. Il suivait les promeneurs de jour comme de nuit et semblait ne jamais dormir. Les pêcheurs devaient veiller la nuit sur leurs filets, de peur de se les faire déchirer par le nain rouge. Il lui arrivait souvent, même en plein jour, de poursuivre des enfants pour leur lancer des pierres, les blessant parfois gravement. Certains eurent des yeux crevés par des jets de pierres, et d’autres restèrent boiteux. Une fois, des enfants qui s’étaient moqué de lui, furent poursuivis une journée entière et reçurent ses pierres. Il ne fallait pas rire de ce gnome diabolique. Un jour il suivit des pêcheurs de Dieppe qui marchaient sur la route, et ceux-ci, croyant que c’était un enfant, s’amusèrent de ses cabrioles, de ses danses et ne se méfièrent pas de lui. À un moment, sans qu’il n’ait été provoqué, il prit soudain un des hommes à bras-le-corps, et le lança dans le ciel jusque dans la mer, comme s’il eut été un jouet, et s’enfuit en ricanant.

Mais revenons enfin de notre côté de l’Atlantique, car c’est assurément une de ces créatures maléfiques venue du vieux continent qui hanta notre Île-aux-Grues. Un gnome tout à fait semblable, sauf parait-il qu’il n’avait pas de tête. Je ne saurais l’expliquer, mais plusieurs des créatures maléfiques québécoises n’ont pas de tête…peut-être y a-t-il un rapport avec nos politiciens…mais ne nous écartons pas du sujet. Donc, ce gnome sans tête ne sortait que la nuit et ne parlait jamais à personne. Peut-être ne parlait-il que le Breton? Il marchait d’un pas léger et ne suivait jamais les routes. Il passait à travers champs, et ne laissait aucune trace, même sur la neige fraîche. Il hanta l’Île-aux-Grues pendant une trentaine d’années, terrorisant ses habitants, mais surtout ses victimes préférées, les ivrognes et les batteurs de femmes.

Louis LeBel, un homme grand et fort, revenait un soir à pieds d’une soirée plutôt bien arrosée, lorsqu’il vit le gnome sans tête se ruer sur lui. LeBel étant bagarreur et n’ayant peur de rien, serra les poings et se défendit de son mieux, mais ses coups ne portaient pas, et recevant une vraie raclée, il dut se jeter au bas d’une colline de cinquante pieds pour s’en débarrasser. Le lendemain, les villageois inquiets cherchèrent Louis LeBel, et finalement, le trouvèrent là, inconscient, au bas de la côte. Suite à ces événements, il appert que même le curé incrédule fut beaucoup plus réservé et poli lorsqu’il évoquait le farfadet, et Louis LeBel devint beaucoup moins vantard, portant maintenant les traces de ce combat sur son visage. On pense que le gnome serait finalement mort lors de l’épidémie de choléra qui ravagea le Canada en 1932, mais qui sait? Il hante peut-être encore l’île-aux-Grues?

Je vois vos mines amusées! Vous pensez que ces histoires ne sont que des légendes? Des histoires de bonnes femmes? Détrompez-vous…tout ce que j’ai raconté est vrai! Même que je peux vous affirmer, que ces méchants gnomes qui lancent des pierres et terrorisent les pêcheurs, ne hantent pas que les rivages marins, et en voici la preuve. C’était durant l’été, à-peu-près en 1977. J’avais donc environ 10 ans, et nous étions sur la rive nord du lac Massawipi dans les Cantons de l’Est. Nous voilà donc trois ou quatre gamins, dont mon frère Marc, qui pourra sans problème corroborer mes dires. La joyeuse bande était partie en expédition par une belle journée d’été. En allant vers l’Ouest, les rives du lac à un endroit s’élèvent en de hautes falaises, et à cette époque, il n’y avait là aucun chalet.

En arrivant près d’une de ces falaises, j’aperçus sur les branches d’un sapin un gros corbeau noir. J’avais une fronde et j’entrepris de m’approcher furtivement, afin de lui tirer une pierre. Je le touchai en pleine poitrine, mais bien sûr, ma petite fronde ne lui causa aucun désagrément, sinon qu’il s’envola en protestant de ses croassements. La pierre, ayant rebondit, tomba dans l’eau au pied de la falaise. Le lac était alors comme un miroir, et non loin de là, un pêcheur en chaloupe vit l’éclaboussure de la pierre et la prit pour un poisson qui saute. Il fit ni une ni deux, mit rapidement son moteur en route et arriva au pied du surplomb pour lancer sa ligne. Bien sûr, nous nous étions cachés à son approche, et trouvant la chose bien drôle, nous commençâmes à lancer des petites pierres de chaque côté de lui. Aussitôt qu’il voyait une éclaboussure, il ramait vers celle-ci pour y lancer sa ligne, et bien sûr, nous lancions alors nos pierres de l’autre côté le plus loin possible, faisant aller et revenir le pauvre pêcheur, persuadé qu’il poursuivait un banc de truites comme il n’en avait jamais vu.

Au bout d’un moment nous nous lassâmes de rire du pauvre homme, et nous commençâmes à gravir la forêt pour retourner à d’autres jeux. Je vis alors une grosse pierre ronde enfouie partiellement dans la terre, et ayant une idée de génie, j’entrepris de la déloger. Mon frère, qui est assurément beaucoup plus intelligent que moi, et voyant le plan stupide qui se dessinait dans mon esprit tordu, tenta de m’en dissuader. Mais aidé d’un des autres compagnons pas plus brillant que moi, nous dégageâmes la pierre de son logement. Elle devait faire dans les 25 kilos pour le moins, et malgré les protestations de mon frère, je la fis rouler, mais bien sûr en visant loin de l’endroit où le pêcheur lançait toujours frénétiquement sa ligne, pris qu’il était d’une motivation sans borne.

Voyant la lourde pierre dévaler, je tournai vers mes complices un regard triomphant, mais ne vis alors que leurs dos qui gravissait la pente à toute vitesse! Ce qui devait arriver arriva, et la pierre ricochant sur quelques arbres, tourna et tourna si bien qu’elle se dirigea directement vers le pêcheur. Le regard horrifié, je restais seul figé sur place, et suivis la funeste pierre des yeux sans émettre un son. Par quel miracle le pauvre homme fut-il sauvé, je ne saurais le dire, mais toujours est-il que la pierre tomba à ce qui me paru d’en haut, quelques centimètres de son embarcation.

Eut-il conscience que c’était une pierre énorme qui venait de le frôler et de l’éclabousser? Peut-être, voyant la légèreté de son engin de pêche face à une telle truite, crut-il qu’il était mieux de foutre le camp? Toujours est-il qu’il ne demanda pas son reste, qu’il mit en marche son moteur et se sauva à toute vitesse! Vit-il nos petites silhouettes se sauver à toutes jambes? Je ne pense pas. Une chose est certaine, j’ai assurément eu aussi peur que lui, et peut-être plus.

Quel rapport me demandez-vous avec les méchants gnomes des rivages? Et bien, vous aurez compris que cette fois-ci, le méchant gnome des rivages qui lance des pierres et terrorise les pêcheurs, c’était moi, et qu’en plus, fidèle au modèle québécois, je n’avais pas…mais vraiment pas…de tête!

Alain Lavoie